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16/05/2008 - 09:03

L'Europe appuie la diversité linguistique, et pourtant les langues en danger restent menacées

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La Commission Européenne a organisé une audition publique sur la place et le rôle des langues dans l'Union Européenne le 15 avril 2008. L'événement clôture une vaste consultation publique sur le multilinguisme lancée à la fin de l'année dernière. Cependant, bien que l'enquête ait révélé un fort soutien aux langues moins répandues, le soutien et la dotation accordés par l'UE aux langues européennes en danger ont littéralement disparu.

La Commission Européenne a organisé une audition publique sur la place et le rôle des langues dans l'Union Européenne le 15 avril. L'événement clôture une vaste consultation publique sur le multilinguisme lancée à la fin de l'année dernière. Cependant, bien que l'enquête ait révélé un fort soutien aux langues moins répandues, le soutien et la dotation accordés par l'UE aux langues européennes en danger ont littéralement disparu.

Cette consultation a été l'une des enquêtes publiques les plus populaires jamais menées sur les politiques de l'UE. «C'est la première fois que les citoyens étaient invités à débattre de la politique linguistique et à intervenir activement dans le résultat final», a déclaré le Commissaire Européen au Multilinguisme, Leonard Orban. «Le Multilinguisme est une politique horizontale, qui touche les citoyens à tous les niveaux de la société. J'entends être le catalyseur de cette politique». Il a poursuivi en disant que les langues régionales ou minoritaires ne devraient «pas être négligées simplement parce qu'elles n'ont pas de statut officiel» et que la politique du multilinguisme de la Commission «est capable de créer une structure à laquelle tout le monde participe».

La plupart des répondants à l'enquête en ligne considèrent que : la diversité linguistique de l'UE est un atout qu'il convient de préserver, que les médias devraient promouvoir un modèle de société interculturelle, axée sur la tolérance et non sur la confrontation, que les coûts liés au fait de travailler dans 23 langues officielles (avec parfois l'utilisation des langues basque, catalane, galicienne et galloise) sont justifiés. Finalement, la consultation a révélé un fort soutien aux langues moins répandues avec une suggestion de la part des participants que l'UE soit capable de sanctionner les États Membres contrevenant aux droits linguistiques.

Cependant, bien que de nombreux efforts encourageants aient été faits par la Commission, environ un tiers des représentants ont exprimé leurs préoccupations concernant certaines langues européennes moins répandues, soulignant que l'UE doit soutenir ces langues qui nécessitent la plus grande aide. Certains représentants ont quitté l'audition en affirmant que la question des droits linguistiques des langues européennes en danger avait été laissée de côté.

De plus, il a été observé que les langues sans État ou régionales sont parlées par plus de 10% de la population européenne, or elles reçoivent moins de 1% du financement européen, contre 5% en 2000 selon le Rapport Smile.

Ces données caractérisent le nouveau scénario auquel se heurtent les langues moins répandues. Toutefois, le progrès satisfaisant et l'accès au financement sont facilités par les langues à gouvernements autonomes tels que le basque, le catalan et le gallois. Ceux dépourvus de gouvernements comme le breton, le sorabe et le same d'Inari occupent actuellement une plus mauvaise place qu'avant 2004, quand la Commission a finalement autorisée toutes les langues européennes à participer à ses projets. L'idée semble bonne sur le papier, mais son but est de remplacer le financement direct de l'UE comme c'était le cas avant 2000 sous une ligne budgétaire B spécifique.

Le BELMR, qui était capable d'exercer des pressions et de mettre en place des projets linguistiques, n'est plus financé. La Commission affirme que toutes les langues ont accès à un financement européen, et pourtant beaucoup de petites communautés linguistiques ne peuvent même pas atteindre les seuils exigés par le cofinancement pour mettre en place un projet. Ces communautés linguistiques ont souvent besoin d'une injection d'argent juste pour quelques matériels pédagogiques – pas pour un projet de 1 million d'euros.

De plus, les langues qui se heurtent à un État membre hostile, comme le breton et l'occitan en France, n'ont pas accès à un financement national ou européen et doivent toujours compter sur des bénévoles. Dans une Europe qui proclame son "respect de la diversité linguistique", il est révoltant de voir que le manque de soutien direct de l'UE à ses langues en danger contribue à ébranler cette diversité même.

Le MPE hongrois et roumain Csaba Sógor a exprimé son inquiétude que l'intérêt sera toujours trop porté sur les langues "dominantes" au détriment des autres, faisant remarquer que certains pays européens n'ont pas encore ratifié la CELRM (Charte européenne des langues régionales ou minoritaires). Ses commentaires ont été repris par d'autres orateurs sur le sujet plus vaste «Pourquoi l'UE devrait-elle soutenir l'apprentissage de grandes langues mondiales comme le mandarin ou l'arabe (comme conseillé par le lobby commercial) si les langues "mineures" de l'Europe ont besoin de plus de soutien ?».

Un autre thème général débattu était l'utilisation d'un modèle orienté vers le commerce pour promouvoir l'apprentissage des langues, en théorie pour rendre l'Europe "plus compétitive". Il ne va peut-être pas du tout augmenter, respecter ou favoriser la diversité linguistique, mais simplement encourager les citoyens à apprendre des langues mondiales uniquement et, par conséquent, renforcer l'anglais, le français et le mandarin au détriment d'autres langues.

Jacques De Decker, le secrétaire permanent de l'Académie royale belge de langue et de littérature françaises qui a contribué à dresser le Rapport du Groupe d'Intellectuels, a déclaré que les langues régionales ou minoritaires sont «un exemple de pluralité», et que l'UE «ne devrait laisser aucune langue disparaître», ajoutant que «nous avons la capacité de préserver toutes les langues».

Les conclusions des débats seront intégrées dans une nouvelle Communication de la Commission qui sera adoptée en septembre 2008 et qui servira à examiner et définir le rôle des langues en Europe.

Les résultats de la consultation et documentation relative à l'audition publique sont disponibles en ligne à l'adresse suivante : ec.europa.eu


Davyth Hicks
Rédacteur en chef de Eurolang, agence pour les langues minoritaires.