Carte québécoise
En 1964, l’écrivain de Montréal Hugh Maclennan publiait le roman Two Solitudes, dans lequel il faisait le portrait des relations entre les deux communautés linguistiques majoritaires du Canada. Maclennan présentait les francophones et les anglophones comme des groupes socioculturels qui ne se regardaient qu’à eux-mêmes, sur la défensive. La Révolution Tranquille qui se préparait pendant les années 60 du siècle dernier posa les bases du discours d’une nouvelle politique linguistique basée sur la territorialité. Aux anglophones ce qui était à eux, et aux francophones ce qui leur revenait, avec la prémisse partagée de l’exclusion de la population « autochtone » : amérindiens, inuits ou métis.
La dure réalité que perçoit le visiteur, c’est que les anglophones constituent une communauté parfaitement intégrée dans la vie des voisins du sud, les États-Unis, y compris leur aménagement suburbain et leur mentalité individualiste. Après avoir surmonté la vieille solitude, la communauté anglophone canadienne est aujourd’hui manifestement autosuffisante à l’égard de leur « compatriotes » francophones. L’anglais est le monde local et global qui satisfait pleinement leurs besoins en communication. Quant aux francophones, ils ont construit des institutions solides pendant cette Révolution, ainsi qu’une certaine autonomie dans la gestion de diverses sphères sociales allant de l’énergie à l’éducation et aux industries culturelles.
En regardant bien, la différence entre le Québec et le Canada, c’est cette organisation socioculturelle et politique francophone née de l’engagement « révolutionnaire » de l’époque. Or le défis le plus pressant pour la viabilité (nationale et sociolinguistique) du mouvement québécois, c’est sa durabilité et, en même temps, la poignante fuite des cerveaux (à cause de la haute fiscalité indispensable pour maintenir ce tissu social) vers le Canada anglophone ou les tout proches USA, après avoir passé les années de formation sur territoire francophone. Un territoire, par ailleurs, réceptif aux flux de communication arrivés par terre, câble et satellite depuis les États-Unis. La « vertu » des politiques publiques québécoises est aujourd’hui, en même temps, son principal ennemi, et par conséquent, son dilemme.
J’ai apprécié la beauté sereine des villes du Québec, « Là où la rivière se rétrécit », selon la langue des algonquins. Mais j’ai l’impression que même Montréal (la deuxième ville francophone du monde après Paris), assiste à l’augmentation des usages linguistiques de l’anglais américain dans des domaines déterminés : la communication des masses, les affaires ou le sport. Le refuge du français dans le Vieux Montréal ou la Haute Ville de la Ville de Québec ne laisse rien présager de bon, au-delà du parc à thèmes dont le semblant d’authenticité n’est qu’un appât pour les touristes. L’avenir (francophone) du Québec dépend de changements socio-économiques et culturels, une seconde Révolution Tranquille ?, que mon imagination ne peut entrevoir. Même si le Cirque du Soleil, Céline Dion, Denys Arcaud ou Robert Lepage aident à mitiger la solitude. .
Toni Mollá
Journaliste et auteur du Manual de sociolingüística









