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Enseignement bilingue au Kuna Yala

Le Kuna Yala, patrie de la nation autochtone Kuna, est une région du nord-est de Panama sur les côtes de la Mer des Caraïbes qui s'étend jusqu'à la frontière avec la Colombie. Le Congrès Général Kuna, l'organisme politique représentant ladite nation autochtone sur le territoire panaméen, a créé une Commission d'Education, qui depuis 2001 a fait prendre conscience aux organisations kuna de la nécessité de mettre en marche la réforme de l'Education Bilingue Interculturelle (EBI). Grâce à l'appui financier de la coopération espagnole, la seconde phase de la réforme est actuellement en cours.
L'éducation de niveau élémentaire est élevé pour l'ensemble de Panama (98% des citoyens). En revanche, les régions autochtones ont des niveaux d'instruction distincts, en général inférieurs: les autochtones panaméens disposent d'à peine plus de 3 années de scolarisation alors que la moyenne pour la population du Panama est de 7,5 ans. Dans le cas du Kuna Yala, la moyenne de scolarisation des hommes est de 4,5 années et de 3,5 années pour les femmes.
Les lois nationales de Panama ont tracé des lignes précises par rapport à l'éducation des autochtones. Le Programme d'Enseignement Bilingue pour les communautés autochtones du pays a été dessiné en 1975. La Loi Organique d'Education de 1946 a été modifié en 1995 pour y introduire des nouveaux articles qui définissent le système éducatif spécifique pour les peuples autochtones: l'Education Bilingue Interculturelle (EBI). La première phase du projet d'Education Bilingue Interculturelle au Kuna Yala a débuté en 2004. Le Document du Fondement et de Conceptualisation du Plan National d'Education Bilingue Interculturelle proclamé par le Président de la République de Panama, Martin Torrijos Espino en 2005, maintient le concept de "pertinence culturelle" en ce qui se réfère au fondement de l'instruction dirigé aux peuples autochtones du pays.
Les problèmes ne manquent pas dans un système éducatif tel que celui mis en place dans la région de Kuna Yala qui n'a jamais été capable de construire un lien entre l'école et la communauté. L'agriculture est l'un des aspects les plus importants pour la vie et la culture du peuple kuna. La production agricole a chuté ces dernières années provoquant ainsi la malnutrition plaie qui affecte principalement les enfants et qui constitue l'un des facteurs expliquant la migration massive de la population vers les zones urbaines. La réforme d'EBI vise à reconstruire par le biais de la formation scolaire, le lien culturel entre les jeunes kuna et la culture agricole afin de produire l'alimentation suffisante pour la famille et la communauté. Quant aux aspects culturels et religieux, les autorités kuna compétentes tentent de rétablir, en les arrachant de l'oubli, les modes de vie traditionnels. On ne peut atteindre cet objectif, disent-ils, en ajoutant uniquement des "matières kuna" sans établir des connexions avec les domaines fondamentaux de la connaissance.
Les enquêtes panaméennes ont démontré que les enseignants avaient un lien très faible avec la communauté kuna : 48,81% des enseignants travaillaient dans le Kuna Yala depuis moins de 5 ans; 23,53% des enseignants avaient seulement un an ou moins d'un an d'expérience avec les élèves de première année; 21,17% d'entre eux ne pouvaient donner des indications sur leur propre expérience en tant qu'enseignants ayant des enfants de première année, étant donné qu'ils travaillent avec des niveaux différents. De nombreux enseignants ne parlent pas la langue kuna et ils expliquent les matières en espagnol, langue étrangère à la majorité des enfants kuna.
Le résultat de cet état de fait est indiqué par la relation établie entre les enfants inscrits dans les écoles, le taux d'abandon en cours d'étude et le taux des échecs scolaires entre 2002 et 2005.
Les chiffres indiquent que le nombre d'abandons et d'échecs scolaires est constant tout au cours des quatre années consécutives étudiées. Au niveau régional, les matières qui présentent le taux d'échec le plus élevé sont: l'espagnol, les mathématiques et les sciences naturelles. En ce qui concerne les enfants autochtones, le taux des redoublements et des abandons dépasse la moyenne nationale en partie parce que les cours sont présentés en espagnol, et que seule la moitié des enfants autochtones connaît cette langue.
Les causes identifiées par les autorités compétentes de la nation kuna sont plurielles. La langue kuna n'est pas utilisée comme moyen de communication dans le processus d'enseignement et d'apprentissage. Les programmes ne permettent pas d'appliquer les contenus des matières à la réalité kuna. Le manque d'une méthodologie pour enseigner l'espagnol comme seconde langue: on enseigne cette langue aux enfants comme s'ils étaient des hispanophones et non des locuteurs de langue kuna. Le manque de participation des parents dans le processus d'enseignement et d'apprentissage de leurs enfants. L'éducation met l'accent sur les aspects de la culture occidentale et la langue espagnole en déconsidérant les valeurs culturelles kuna.
Entre 2002 et 2005, les enfants des maternelles étaient sous la responsabilité d'enseignants hispanophones ne parlant pas la langue kuna ce qui était un gros problème vu que les enfants ne parlaient que la langue kuna. Ainsi, le droit à un apprentissage normal des enfants en langue maternelle dès les premières années de scolarisation n'a pas été respecté. De là l'apparente timidité des enfants.
C'est dans un tel contexte que la première phase du projet d'Education Bilingue Interculturelle au Kuna Yala a été mis en place entre mai 2004 et juillet 2005. Pendant cette première étape, un processus de prise de conscience collective a été lancé afin de préparer les secteurs sociaux clés du Kuna Yala. L'unification des critères de lecture et d'écriture de la langue kuna a pu être établi en accord avec les chefs des communautés et les linguistes.
L'objet spécifique de la seconde phase de la réforme scolaire s'articule autour de l'apprentissage interculturel ce qui permet l'ouverture vers d'autres cultures en partant de la connaissance de "ce qui est propre" aux kuna. Il s'agit en somme d'un pari qui consiste à intégrer les valeurs autochtones dans la formation scolaire des enfants. L'axe principal de la stratégie se base sur le contact entre l'école et le lieu de rassemblement de chaque communauté, centre symbolique de la culture kuna: l'Onmakednega. En intégrant l'Onmakednega dans le contexte éducatif, la nation kuna semble avoir fait sien le proverbe africain: "il faut un village entier pour éduquer un enfant".
Robert Scarcia
Journaliste
