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27/03/2008 - 15:25

2008, Année Internationale des Langues: à quoi va-t-elle servir?

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Il y a des mois, dans une conférence à Barcelone autour de la déclaration des Nations Unies par laquelle 2008 allait être l’Année Internationale des Langues, le linguiste britannique David Crystal donnait des raisons pour rester sceptique devant les changements positifs qu’on pouvait attendre de cette résolution.

Vraiment, le même document dans lequel l'ONU annonçait cette décision était d'une imprécision suprême sur les engagements concernant l'activité du même système des Nations Unies. À côté d'une série d'invitations à la société mondiale pour qu'elle prenne conscience de l'importance de la diversité linguistique et soit activement impliquée dans sa défense, l'ONU se limitait à manifester sa volonté de renforcer l'utilisation de ses six langues officielles dans les activités propres de l'institution. Quelque chose réellement peu exemplaire et dépourvue de toute épique, qui a mérité même un commentaire ironique du professeur Crystal sur une autre commémoration de 2008, déclaré aussi l’Année de la Pomme de Terre - en honneur à la contribution de ce tubercule modeste à l'amélioration de l'alimentation mondiale.

Plaisanteries de côté, même si les Nations Unies - et plus spécifiquement l' UNESCO - ne disposent pas d'importantes dotations budgétaires pour promouvoir une diversité linguistique durable, on pourrait espérer au moins qu’elles soient plus diligentes en promouvant des engagements internationaux favorables à la diversité linguistique, qui n'impliqueraient pas de grands investissements, mais seulement une volonté politique réelle et effective.

Quelques exemples. Ne faudrait-il pas que l'UNESCO -en plus de reconnaître que 90% des langues du monde peuvent disparaître pendant le XXIe siècle- exige aux états membres d’appliquer diligemment les engagements de la Convention sur la Protection et la Promotion de la Diversité des Expressions Culturelles de 2005, et à informer périodiquement des résultats obtenus? Sa politique ne s'avérerait-elle pas plus conséquente si, au bout de 12 années de la proclamation de la Déclaration Universelle de Droits Linguistiques (Barcelone, 1996), on dédiait déjà d'élever à un rang officiel un instrument juridique qui offre des garanties de survie au moins à certaines langues menacées? Et sur un plan plus général, ne serait-il pas cohérent que les Nations Unies soulignent l'exigence d'inclure le respect de la diversité linguistique et culturelle entre les engagements de Responsabilité Sociale Corporative qui sont le fondement des programmes comme le Global Compact ou la Global Reporting Initiative

Pendant que les politiques des états et les politiques des grandes entreprises ne se soucient point de la construction d'un ordre linguistique mondial équitable, la déclaration d'Années Internationales des Langues ne sera qu’un acte tout simplement symbolique - et pour certains, même cynique ou hypocrite. Si l'année 2008 ne sert même pas pour donner des chances de futur à des langues comme l’euskera ou le catalan, qui sont parmi les moins menacées de la planète, à quoi pourra-t-elle servir aux milliers de langues qui sont en voie d'extinction?


Isidor Marí
Directeur des Études d'Humanités de l'Universitat Oberta de Catalunya.