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17/04/2008 - 12:35

Le premier mot numérique

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Voici un épisode survenu à l'époque pré numérique relatant « la conversation » entre deux filles qui dansaient ensemble et deux garçons qui les invitaient à danser avec eux. Inutile de vous dire que tant le milieu comme les personnes autour étaient basques, bilingues (basques bilingues !), pour être plus précis:

-Bailamos pues ? (Nous dansons eh ?)

-¡No ! (Non !)

-¡Oh, qué lastimantzia ! (Oh, que c'est dommaia !)

C'était dommage, en tous cas pour les garçons, mais la réponse, bien sûr, n'était pas toujours négative. Quelquefois, qui sait pour quelle raison, les filles répondaient « oui » et… « esque gu hola ezautu giñan, castellanoz, eta bakizu, ohitura hoi hartu genun eta oain e holaxe ittedeu... ». (c'est que nous, on s'est connus comme ça, en espagnol, nous avons pris cette habitude et depuis nous parlons entre nous comme ça...).

En ce qui me concerne, il y a longtemps que je ne vais plus au bal et maintenant je suis beaucoup plus familiarisé, par exemple, avec les accès aux sites Web. Mais, quand je consulte un site, avant même que je ne dise un mot, c'est lui qui me parle soit pour me proposer de choisir une langue, soit en me parlant en basque ou en espagnol (« ¡Oh, qué lastimantzia ! »).

Mis à part les sites monolingues (pas normal ?) qui ne m'offrent pas la possibilité de choisir le basque, tels que Diario Vasco, Noticias de Gipuzkoa, ADEGI, Fnac, MediaMarkt, PP ..., parmi ceux qui me permettent de choisir la langue, les possibilités de danser avec chacune d'elles ne sont pas du tout les mêmes (« Bailamos pues ? »).

Quand bien même ces sites permettent de choisir la langue, nous trouvons dans un premier groupe ceux qui donnent la priorité à l'espagnol, en présentant la page principale (le premier mot) toujours en espagnol et en permettant au visiteur, s'il le désire, de changer de langue à chaque fois (Mairie de Saint-Sébastien, Mairie de Lasarte-Oria, Erreala, Policlínica, Eroski, CCOO, UGT, PSE, Ezker Batua ...).

Nous pouvons classer dans un second groupe les pages Web qui donnent la possibilité de choisir la langue dès l'accès. Ce groupe se divise à son tour en deux sous-groupes : le premier comprend les sites qui proposent ce choix à chaque fois (Eitb, Bruesa, Euskotren, Ertzaintza, EUDEL ...), et le second, ceux qui le proposent la première fois, et les fois suivantes le choix se fait automatiquement (au moyen des cookies), suivant la langue choisie par l'utilisateur lors de sa dernière visite au site en question (Kutxa, Euskadiko Kutxa, Gouvernement Basque, UPV/EHU, Euskaltel, Mairie de Irun, Osakidetza, EAJ/PNV, Eusko Ikaskuntza ...).

Il existe enfin un troisième groupe de sites dont la page principale apparaît toujours en basque et qui permet à l'utilisateur, s'il le désire, de changer de langue à chaque fois (Députation Forale de Gipuzkoa, mairies de Azpeitia, Tolosa, Eibar et Arrasate , ELA, EA, Aralar ...).

Dans le cadre de la normalisation de la langue basque, nous qualifierons le premier groupe de non normalisateur (discrimination négative), le second groupe de normalisé et le troisième de normalisateur (discrimination positive). S'il est vrai que tous les trois permettent de choisir l'une des deux langues, les options ne sont pourtant pas égales.

Saviez-vous, par exemple, que le site Web de la Députation de Gipuzcoa (Gipuzkoako Foru Aldundia) reçoit quotidiennement entre 3.000 et 5.000 visiteurs (100.000 par mois) et qu'il les accueille tous en basque ?

Le premier mot n'est pas égal au second et ils ne doivent pas forcément être dits dans la même langue, mais ils peuvent l'être ; c'est ce qu'il semble du moins ? Dans quelle proportion la personne bilingue changera-t-elle de langue lorsque le premier mot numérique est dit en basque ? Et lorsqu'il est dit en espagnol ? « es que… ».


Iñaki Arruti
Technicien d'euskera dans la Mairie de Lasarte-Oria .