Albisteak
« La montagne des langues » : les langues minoritaires du Caucase

Les langues parlées dans le Caucase appartiennent principalement à trois familles autochtones: celle du Sud du Caucase (ou kartvelienne), de l'Ouest du Caucase (abkhazo-adygienne) et de l'Est du Caucase (nakho-daghestannienne), en plus des familles turque et indo-européenne.
La langue la plus minoritaire du Sud caucasien, le svan, est actuellement parlée par 15 000 à 20 000 personnes, toutes bilingues avec le géorgien, et sa transmission aux enfants est limitée.
Une des langues abkhazo-circassiennes, l'oubykh, s'est éteinte à la fin du XXème siècle. Parmi les langues vivantes de cette famille, seul l'abaza est considéré comme une langue minoritaire, avec plus de 30 000 personnes qui la parlent. Elle bénéficie cependant du statut de langue officielle, ainsi que d'un usage oral et écrit étendu, y compris dans les medias (par example dans le journal Abazashta).
Sur les trois familles, la plus nombreuse est celle de l'Est caucasien. La branche nakh inclut le tchétchène et ingouche, langues officielles des républiques de Tchétchénie et d'Ingouchie, ainsi que le bats, qui ne s'écrit pas et n'est parlé que dans un seul village de Géorgie. Les 26 langues daghestanniennes sont surtout parlées dans la région montagneuse de la république du Daguestan, ainsi que dans les régions voisines de la Géorgie et de l'Azerbaïdjan. Les habitants de ces régions parlent en général au minimum trois ou quatre langues : leur langue maternelle, les langues de leurs voisins les plus proches et de la ville la plus proche, et le russe (ou le géorgien ou l'azerbaïdjanais, respectivement). En dehors des cinq langues principales de tradition écrite (l'avar, le dargwa, le lak, le lezgi, le tabassaran), les autres se trouvent peu ou prou en danger.
Un grand nombre de langues daghestaniennes occupent un territoire très réduit, et certaines d'entre elles (comme l'archi, le godoberi ou le khinalug) ne sont parlées que dans un village. Ces hameaux de montagne éloignés ont connu une population relativement stable d'environ mille personnes pendant des siècles. De nos jours, la situation change très rapidement. Il semble souvent que la vitalité d'une langue est inversement proportionnelle à l'accessibilité de la région (les routes ont toujours été un problème ; par example, il n'y avait pas de route d'hiver pour se rendre à Khinalug jusqu'au XXIème siècle). Plus un endroit est accessible, plus il est facile de le quitter. Les jeunes ont tendance à se déplacer vers des villages moins hauts et les grandes villes. Il est très courant que les enfants qui y ont grandi ne parlent pas la langue de leurs grands-parents.
Alexandre Arkhipov
Linguiste
