Albisteak
Les aides ménagères immigrées de nos personnes âgées

On pourrait souvent comparer la situation de l'euskera à l'image d'une vieille barque : pendant que l'équipage essaie de boucher un trou par où l'eau s'infiltre, un nouveau trou apparaît entre les vieilles planches.
Ces dernières années, un nouveau phénomène est en train de se produire dans les espaces les plus bascophones de notre société, un phénomène à mon avis insuffisamment analysé, sans doute parce que le sujet est épineux et présente des angles multiples et très divers. Je vais essayer de résumer la situation du mieux possible.
Depuis quelques années, lorsqu'il s'agit de trouver des aides pour s'occuper des personnes âgées, les familles ont principalement recours à des immigrés, la plupart sud-américains et parlant espagnol dans la majorité des cas. Ce phénomène très étendu a entraîné de grands changements au niveau de l'utilisation des langues, non seulement concernant le dénommé paysage linguistique, mais aussi dans les espaces les plus intimes qui depuis toujours avaient fonctionné en basque.
Des personnes âgées qui ont quasiment vécu toute leur vie exclusivement en basque, certaines même pouvant être considérées comme monolingues dans cette langue, ont passé leurs dernières années d'existence à vivre en espagnol une grande partie de la journée. Le phénomène se produit aussi dans les relations familiales : l'espagnol a pénétré par cette voie dans de nombreuses familles qui utilisaient exclusivement le basque dans leurs relations intimes. Et en peu de temps, une partie parfois petite, parfois grande, des relations entre grands-parents, enfants et petits-enfants, finit par se dérouler en espagnol.
Ce phénomène a aussi eu des conséquences sur l'utilisation de la langue dans la rue. Ainsi, des localités nettement bascophones ont vu apparaître l'espagnol dans des espaces où jusqu'à il y a peu on ne parlait que l'euskera : les clubs du troisième âge, les bars où ils se réunissent, et en général, la vie quotidienne des rues, des quartiers et des villages.
Ce thème, bien évidemment, présente des angles très divers et requiert d'être traité avec le plus grand soin et le plus grand respect. Car dans ce phénomène se rejoignent la nécessité pour les immigrés, déjà en proie à de grandes difficultés, de travailler et de vivre, les caractéristiques démographiques de la société basque, le fait que l'essor économique de ces dernières années ait conduit les autochtones à mépriser certaines tâches comme celle de l'aide aux personnes, et d'autres facteurs sur lesquels je n'insisterai pas. N'oublions pas non plus la gratitude de nos personnes âgées envers le traitement affectueux qu'elles reçoivent de ces immigrés.
Cela étant, nous avons là un problème. Un nouveau phénomène est en train de se produire dans la communauté bascophone, un changement qui touche un point névralgique, un des espaces les plus affectifs, privés et intimes. Un phénomène que nous, qui travaillons à la normalisation linguistique, nous nous devons d'analyser.
Malores Etxeberria
Technicienne d'euskera dans la Mairie de Hernani
