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Hemen zaude:   L'Académie Française et l'Académie de la langue basque : deux points de vue différents

Albisteak

« Itzuli albisteetara    

2009-12-03 / 09:00

L'Académie Française et l'Académie de la langue basque : deux points de vue différents

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En 2008, à l'occasion de la modification de la Constitution française, l'Académie Française mais également l'Académie de la langue basque (Euskaltzaindia) ont fait une déclaration. La comparaison de ces deux textes peut être intéressante afin de mettre à jour l'idéologie de ces deux instituions concernant les langues, au moins partiellement.

Le 23 juillet 2008, à la suite de la proposition de l'Assemblée nationale et avec l'aval du Gouvernement, le Congrès réunissant les deux chambres (Assemblée nationale et Sénat), a voté un amendement à l'article 75 de la Constitution: « Les langues régionales appartiennent au patrimoine de la France ». C'était la première fois que la Constitution mentionnait les langues régionales.

Avant d'en arriver à cet amendement 75.1, un vif débat s'est installé parmi les députés et l'Académie française y a pris part. Elle voulait influencer le point de vue des députés et sénateurs et dans ce but a voté à l'unanimité une déclaration le 12 juin 2008. Voici quels ont été ses arguments pour ne pas accepter cet amendement. D'abord elle dit que les conséquences de l'amendement portent atteinte à l'identité nationale. Il n'y aucun doute sur le fait que les langues régionales appartiennent au patrimoine culturel et social de la France, mais pourquoi cette apparition soudaine dans la Constitution ? « Le droit ne décrit pas, il engage, en particulier la Constitution », a déclaré l'Académie. De plus, comme à ce moment-là les députés voulaient insérer ce rajout dans l'article premier, donc avant l'article second qui mentionne le français, l'Académie dit que placer les langues régionales ainsi est « un déni de la République, une confusion du principe constitutif de la Nation et de l'objet d'une politique ». Elle affirme que les conséquences du texte de l'Assemblée nationale sont graves. L'accès égal de tous à l'Administration et à la Justice est notamment remis en cause. En conséquence, les excellentes intentions de ce texte n'ont pas leur place dans la Constitution et l'institution demande le retrait du texte.

L'Académie de la langue basque, de son côté, lui a répondu dans la déclaration du 27 juin 2008 Frantses Akademiak 2008/06/12an egindako adierazpena dela-eta (A propos de la déclaration de l'Académie française du 12/06/2008 dans Euskera, LIII, 2008, 1: 137-138), disant que « l'Académie française s'est exprimée avec force pour demander le retrait définitif de cette proposition ». La modification de la Constitution était encore en discussion.

Crée en 1635 par le cardinal Richelieu, cette académie est une des institutions les plus anciennes de France. « Le rôle de l'Académie française est double : veiller sur la langue française et accomplir des actes de mécénat », dit dans sa présentation. Nous pouvons estimer que sa déclaration du 12 juin rentre dans le premier de ces rôles.

Cependant, que peut-on penser de ce qu'elle affirme ? Qu'en France une hiérarchie entre les langues doit être en vigueur. Le français doit être placé au-dessus des autres langues de France, parce qu'il est lié à l'identité nationale française et pas les autres langues. Derrière cette déclaration apparaît le vieux principe de la Révolution française « Un État, une langue » et par suite une identité, une nationalité. Les autres langues de France, même si elles sont acceptées, sont marginales, de deuxième niveau. Ces langues ne doivent pas obtenir le même statut juridique que le français, puisque que c'est lui qui est la langue de la République (article deuxième de la Constitution). Toutefois, l'argument que cet amendement remettrait en cause l'accès égal de tous à l'Administration et à la Justice n'est pas aussi clair que les autres, car les autres langues n'excluraient pas le français de ces deux domaines publics. Il semblerait que selon l'Académie il y aurait incompatibilité entre les langues régionales et le français. Il y a une hiérarchie entre les langues liée à la notion d'Etat.

L'Académie de la langue basque par contre, soulignant dans sa déclaration que « l'euskara est la langue des Basques, pas nécessairement leur seule langue », veut se montrer en faveur du plurilinguisme, écrivant qu' « il y a bien longtemps que les Basques connaissent la nécessité et les bienfaits du plurilinguisme ». Sous-entendu les académiciens français n'ont pas connaissance de cela. Plutôt qu'une hiérarchie naturelle entre les langues, il semble que l'Académie de la langue basque, signalant la situation des autres langues « confrontées à des conditions incomparablement plus défavorables », veut mettre en évidence la disparité de situation et de statut entre les langues. L'Académie de la langue basque demande « de manière pressante que le basque reçoive en France la pleine reconnaissance juridique qui lui est due ». Cette demande rentre dans une autre idéologie linguistique, puisqu'elle laisse entendre que les langues de France devraient avoir un statut juridique identique ou du moins équilibré, ce que l'Académie française n'accepte pas. En somme, l'Académie de la langue basque apparaît en faveur du plurilinguisme et d'une égalité juridique entre les langues.

L'Académie de la langue basque est une institution beaucoup plus jeune créée en 1919. « Elle assure les recherches dont fait l'objet cette langue, elle veille au droit de la langue et en établit les normes d'usage », dit dans sa présentation. Sa déclaration du 27 juin 2008 entre dans le deuxième objectif.


Jean-Baptiste Battittu Coyos
Linguiste